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Table des matières


NOTICES BIOGRAPHIQUES

Nous avons retenu dans la liste qui suit les étudiants cambodgiens de gauche les plus actifs en France, les figures « progressistes » du FUNK, ainsi que des membres du Comité Central du P.C.K. et certains cadres du Kampuchéa Démocratique. 

Outre nos recherches personnelles et des informations généalogiques ou scolaires puisées dans les archives françaises, nous avons eu recours pour établir ces notices à : Pol Pot, frère numéro un de David Chandler, Pol Pot and Khieu Samphande Steve Heder, Documentary evidence linking surviving senior and other leaders of the communist Party of Kampuchea to crimes against humanity in Cambodia, 1975-1979 de Steve Heder, Seven Candidates for prosecution : Accountability for the Crimes of the Khmer Rouge, de Stephen Heder et Brian D. Tittemore (War Crimes Research Office, Washington College of Law, American University and Coalition for International Justice, june 2001, disponible sur internet au format PDF), How Pol Pot came to Power de Ben Kiernan, le magazine du Documentation Center of Cambodia Searching for the Truth (en anglais pour l’année 2000), Cambodge année zéro de François Ponchaud, Le mal cambodgien de Marie-Alexandrine Martin. De brèves présentations des élites cambodgiennes membres du Sangkum avec des photos sont présentes dans la revue politique illustrée Le Sangkum. Pour une liste des membres du GRUNK, le plus utile est Malcolm Caldwell & Lek Tan, Cambodia in the Southeast Asian War, 1973, pp.384-385, mais nous avons d’autres renseignements dans Derrière le sourire khmer de Charles Meyer et dans les archives de l’Institut d’Histoire Sociale de Nanterre. Des renseignements émanant de la partie du Kampuchéa Démocratique écrits en français vers 1995 nous ont été transmis par Steve Heder. D’autres sources biographiques sont de moins bonne qualité [1]. Nous remercions Steve Heder de nous avoir fait partager l’immense savoir qu’il s’est construit en étudiant les confessions de prisonniers de S-21 et de nous avoir transmis quelques synthèses de confessions réalisées en juin 2001. 

Note : les noms sont placés avant les prénoms, comme il est d’usage au Cambodge. La politesse cambodgienne veut que l’on s’adresse à une personne par son prénom précédé des mots Monsieur ou Madame, par un surnom ou par sa position sociale. Lorsque les historiens du Cambodge évoquent une personne à la forme courte ils emploient le prénom.

- Ban Yan : Etudiant à l’Ecole Centrale en télécommunications de Paris et vice-président de l’UEK en 1969. Probablement mort en 1975 [ou de malaria plus tôt].

- Chan(alias Seng Hong) : ancien combattant Issarak. Dans les années soixante, Nuon Cheaet Pol Pot paraissent mieux s’entendre avec lui qu’avec Sao Phim. A l’Est, dans le secteur dont il a la charge, le n°21, des Chams se révoltèrent à la fin de 1974. Secrétaire adjoint de la zone Est, il procéda à des purges à l’Est avant d’en tomber victime lui-même.

- Chan Youran: licencié en droit à Phnom Penh, diplômé de l’Ecole Royale d’administration de Phnom Penh, section diplomatie, au début des années soixante, il fut, avant la destitution de Sihanouk, premier secrétaire de l’Ambassade Royale du Cambodge à Paris puis conseiller culturel, ambassadeur ou consul dans plusieurs pays d’Afrique (Mali, Sénégal). Sihanoukiste de gauche mais non communiste, il fut ministre de l’Education et de la Jeunesse populaire du GRUNK jusqu’à la fin de l’année 1973, date à laquelle il devint ambassadeur au Sénégal. Membre du Département de Politique Générale au ministère des Affaires étrangères duK.D., dont Ieng Saryétait le chef. Après 1979, il fut successivement ambassadeur du gouvernement de Coalition du K.D. au Caire, puis à Pékin jusqu’en 1991, membre fondateur du Parti de la Grande Union Nationale du Kampuchéa fondé vers mi-1992 sous la présidence de Khieu Samphan, ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Provisoire dit d’Union et de Salut National du Kampuchéa puis vice-premier ministre et ministre des Affaires Etrangères de ce même gouvernement. 

- Chau Seng: né le 15 mars 1929 à Triton (Cochinchine). D’extraction très modeste, il fut emmené à Phnom Penh par un oncle et y obtint le diplôme de l’Ecole Normale qui formait des instituteurs. Parti en France en 1949, il n’étudia pas à Paris, mais à l’école normale d’instituteurs de Montpellier. Il se lia avec Khieu Samphanet Uch Ven, également étudiants à Montpellier, y rencontra occasionnellement Ieng Sary, et y fit la connaissance de sa future femme au cours d’ une manifestation contre la guerre d’Indochine organisée par le P.C.F.. Cette dernière était la fille d’un maire communiste du Sud qui était le parfait homonyme d’un secrétaire de la CGT et membre du Politburo du P.C.F.. Chau Seng revint au Cambodge en 1955 avec un diplôme d’instituteur, une licence ès-lettres obtenue à Montpellier, et, si l’on en croit la note biographique parue à son sujet dans le Sangkum de septembre 1966, un DES de psycho-pédagogie. Il adhéra au Sangkum le 13 avril 1957. Tour à tour considéré comme un nationaliste de gauche, un progressiste ou un communiste, il est qualifié par ses proches de « progressiste de gauche », de « communiste bourgeois », de communiste de cœur exalté, de partisan de l’instauration d’un régime socialiste, mais non de fanatique. Son épouse admet qu’il ne perdit jamais le contact avec ses vieilles amitiés parmi les communistes, et n’avait pas de divergence majeure avec eux. Il était très ami avec Hou Yuon, Hu Nim, Uch Ven, et voyait souvent Khieu Samphan. En revanche, ses rapports avec Ieng Sary n’étaient pas très bons. Ce sont ces amis qui l’enjoignirent de se maintenir au sommet du pouvoir sous Sihanouk. Mais il n’était pas membre du P.C.K.. Il exprimait beaucoup de respect pour le bouddhisme et était attiré par le personnalisme d’Emmanuel Mounier dont il possédait les ouvrages. D’après Charles Meyer, qui l’a connu depuis 1956, il n’avait pas la réputation d’être un fervent bouddhiste mais utilisait les dignitaires de la communauté bouddhique à ses fins. Ses ambitions politiques étaient sans limites, aussi les rouges ne croyaient-ils guère en ses convictions révolutionnaires et le tenaient pour un opportuniste virtuose du double jeu. Sihanouk déclarait ouvertement avoir confié à Chau Seng des postes « lucratifs » afin de l’éprouver et de l’avoir en main (il avait tenté de faire de même avec Hou Yuon et Khieu Samphan mais sans succès). Sa carrière administrative l’amena à être professeur à l’Ecole Normale de Phnom Penh en 1956, directeur des affaires politiques et administratives de la présidence du conseil des ministres (1957), recteur de l’université bouddhique et responsable des publications de la collection « culture et civilisation khmères » (1959), président directeur général des magasins d’Etat (1966). En politique, il commença par être député de la capitale (1958 à 1966), secrétaire d’Etat du Comité exécutif du Sangkum Reastr Niyum, secrétaire général de la Jeunesse socialiste khmère de 1958 à 1967, puis vice-président de l’Assemblée Nationale (1959), secrétaire d’Etat à l’Education Nationale (janv. 1958 – juin 1959), ministre de l’Information (avril 1960 – août 1962), ministre de l’Agriculture (oct. 1962 – déc. 1964), directeur de cabinet du chef de l’Etat (janv. 1965 – nov. 1966), ministre d’Etat chargé du Commerce (août – nov. 1966), ministre d’Etat chargé de l’Economie Nationale (mai – sept. 1967). La note biographique officielle qui portait ces précisions du temps où Chau Seng était ministre du GRUNK indiquait encore qu’il parvint à être membre du Haut Conseil du Trône de novembre 1966 à septembre 1967, ce que dément Charles Meyer. D’autres sources indiquent qu’il était alors chef du Cabinet du chef de l’Etat. A l’Agriculture, il encouragea la création de coopératives. Ses activités de publiciste s’illustrèrent comme rédacteur occasionnel à l’hebdomadaire Réalités cambodgiennes et au Nationaliste (Neak Cheat Niyum) (1959-1962), comme gérant et directeur de publication de La Dépêche du Cambodge et de la Nouvelle Dépêche (1958-1967), et comme rédacteur en chef des revues en langue française Kambuja et Le Sangkum (1965-1968). Il présidait également l’Association de la Presse au Cambodge (1960-1967). Au moment de la Révolution Culturelle il fut accusé publiquement par Lon Nold’être un agent des maquisards, et par Sihanouk d’être pro-chinois. Après que Sihanouk lui êut publiquement préconisé, à la fin du mois de janvier 1968,de « se préparer à fuir » [2], son nom disparut de la fonction de rédacteur en chef du Sangkum et de Kambuja, respectivement en septembre 1968 et le 15 août 1968. Comme se le remémorent ses proches, il choisit la prudence, et s’en alla en France où le Prince souhaita qu’il reste. Il se consacra alors à la psycho-sociologie et à l’histoire du bouddhisme et s’inscrivit en doctorat ès-lettres à Montpellier en 1968 puis à Paris en 1970, sans y résider. Cette année-là, il obtint un doctorat de 3ème cycle. Puis, de janvier 1970 à septembre 1971, il mena de front le métier de viticulteur et de maître-assistant associé au centre universitaire de Perpignan. Ses amis Hou Yuon, Hu Nim et Uch Ven ne lui proposèrent apparemment pas de les suivre dans le maquis. Il ne s’y risqua pas et lutta à sa façon contre les « traîtres » Lon Nol et Sirik Matak comme ministre chargé des missions spéciales du GRUNK de 1971 à 1975. De sources françaises, il aurait été un diplomate intempérant, intelligent mais exalté, qui, après avoir échoué dans ses missions spéciales en Amérique latine en vue de la cession de l’ONU de 1974, fut mal considéré par les Chinois. En 1972, il avait démenti toute implication de commandos vietcongs dans les forces du FUNK. En décembre 1975, après beaucoup d’hésitations, il décida de son plein gré, et non sur invitation du GRUNK, de rejoindre sa « chère patrie », où on connaissait ses compétences, considérant que sa place n’était pas ailleurs et pensant apparemment que les communistes ne détenaient pas l’ensemble du pouvoir. Envoyé se rééduquer par le travail au district de Chamcar Lœu (province de Kompong Cham), il travailla à récupérer du jus de palme destiné à fabriquer du sucre, ce qu’il avait appris à faire dans sa jeunesse en Cochinchine. Au ministère B-1, le fait qu’il se soit illustré dans cette activité dangereuse était apprécié comme une preuve de fidélité envers son idéal de progrès social. Vers mai-juin 1976, Chau Seng revint à Phnom Penh, maigre comme il l’était de nature, avec d’autres intellectuels, Van Piny, Penn Hoch [Penn Nhach, fils de Penn Nouth], mais sans Huot Sambath et Ganty, dirigés ailleurs. Il parla en présence de Laurence Picqde la situation économique « avec des accents de sincérité » et non sous forme de slogans : « Mon niveau de vie a considérablement baissé, mais je peux noter que je ne manque pas de l’essentiel. J’ai appris beaucoup de choses. Jamais je n’aurais imaginé la vie des paysans telle qu’elle est. Je suis content de constater que le niveau de toute la population peut s’élever. Dans certains endroits et dans certains domaines, les progrès sont considérables » [3]. Transféré à Bœng Trabek où il était vice-président du Comité du Front, il exprima pourtant rapidement en privé son désir de prendre sa retraite et d’aller vivre en France[4]. Selon d’anciens révolutionnaires, il aurait trouvé « absurde l’utilisation massive du travail manuel au lieu de l’emploi de la machine ». Il fut arrêté le 18 janvier ou le 11 mars 1977, et exécuté le 6 juillet 1977, mais la confession qu’il a écrite a été perdue. Aux employés de B-1, on avait donné pour explication qu’il avait dirigé un réseau de la SDECE (le Service de Défense et du Contre-Espionnage Français) [5]

- Chea Sim : secrétaire du district de Ponhea Kraek. dans la région de Kompong Cham.

- Cheng An: cheminot recruté au P.C.K. vers la fin des années cinquante et le début des années soixante-dix, il fut emprisonné avec sa femme sous Sihanouk dans les années soixante. En 1976, il devint président du Comité pour l’Industrie en remplacement de Koy Thuon. Possible membre suppléant du Comité Central en 1976, il a pu être élevé au rang de membre à part entière en 1978 juste avant d’être purgé. Menotté, il aurait échappé à la vigilance de ses geôliers et aurait crié à des ouvriers de l’usine textile n°3 à Phnom Penh de se révolter contre l’assassin et traître Pol Pot [6].

- Chi Kim An: Etudiant marxiste en France. Ingénieur géomètre diplômé de l’Ecole des Travaux Publics de Paris au début des années cinquante. Rédacteur en chef du journal pro-communiste Pracheachun en 1955, il fut arrêté par Sihanouk. Etant un des chefs du Parti communiste légal, il représenta avec Sien Anet Keo Measl’ex-résistance khmère au sein de la Commission Internationale de Contrôle des accords de Genève, avant d’être ambassadeur [information contestée]. Il prit le maquis en 1963, resta un des hauts cadres du Parti communiste jusqu’en 1970 date à laquelle il se mit au service de la République comme chef du service des cadastres. Selon une source révolutionnaire, il mit officiellement fin à sa vie en se pendant en 1971, à cause de son désaccord avec la ligne du Parti. Ith Sarin rapporte qu’il se serait suicidé en avril 1972 au village de Srê Andaung (Pauvre Cambodge! pp.217, 219). D’après une source proche des révolutionnaires, sa femme, non communiste, aurait dit qu’il était mort de paludisme pendant la guerre.

- Chhorn Hay: ingénieur en télécommunications, secrétaire général de l’U.E.K., il prit le maquis en 1966 [ou en 1971]. En 1970, il fut formé par le Parti dans le Sud-Ouest, où il semble avoir été dénigré par Ta Mokcomme un intellectuel, avant d’être transféré au Nord en juin 1971 [7]. En 1975, il devint chef du protocole du Palais, chargé des relations du Parti avec le Chef de l’Etat, et suivit le Prince au moment de l’invasion du Vietnam, se réfugiant à Phnom Malay avant de rejoindre le Roi en 1982.

- Chou Chet, (alias Thang Si ou Si) : Khmer Issarak, il adhèra au P.C. Indochinois en 1951 dans la région de Kampot, et fut formé dans une école de cadres au Vietnam. A partir de 1954, il participa à la commission mixte de contrôle chargée de veiller au cessez-le-feu prévu par les Accords de Genève. Editeur du journal Pracheachun[8], ou collaborateur de la presse du Parti des Travailleurs Khmer, il fut arrêté en 1962 au moment de la vague de répression qui toucha le mouvement Pracheachun. Une fois libéré, il retourna dans le Sud-Ouest et y occupa la fonction de secrétaire de secteur du Parti, jusqu’à devenir numéro deux du Comité de la zone, derrière Ta Mok, après l’exécution de Chong alias Prasithen 1973/1974. Ce dernier refusait l’autorité de Mok sur Koh Kong et était mécontent de la cessation, exigée par le Parti, de toute relation politique ou autre avec des éléments bourgeois comme des commerçants Sino-Khmers ou Thaï-Khmers [9]. Il était en même temps nommé vice-ministre de la Santé Publique du GRUNK en septembre 1970, puis des Affaires Religieuses et Sociales du GRUNK en remplacement de Ngo Hou. Sous le K.D., il devint membre du Comité Central en 1976 – non du Comité Permanent – et secrétaire du Comité de Parti de la Zone Ouest, jusqu’à son arrestation le 26 mars 1978, et son remplacement par Ta Mok. Dans sa confession il retrace une conversation non datée avec Nuon Cheadans laquelle ce dernier lui aurait reproché d’avoir été laxiste dans l’exécution des anciens soldats de Lon Nol. Selon des sources orales réunies par Ben Kiernan, il aurait publiquement exprimé son désaccord avec un autre dirigeant de sa zone sur la politique à tenir à l’égard du Vietnam.

- Duch(prononcer Douch, de son vrai nom Kaing Khek Iev, Kang Kech Eav): sino-khmer d’origine, il passa son enfance à Kompong Chen ou Kompong Khleang (province de Kompong Thom), étudia au collège de kompong Thom (1960-1961), au lycée de Siem Reap (1961-1962), au lycée Sisowath (1962-1964), y obtint le baccalauréat et entra à l’Institut National Pédagogique en 1964. Il fut attiré par le communisme par un groupe d’étudiants chinois de l’université de Phnom Penh venus dans le cadre d’un échange. De 1965 à 1968, il enseigna les sciences au collège de Skun, et les mathématiques au lycée Chhoeung Prey dans la province de Kompong Cham. Ses élèves admiraient sa mémoire et la précision de ses cours. Un bonze qui le connut jusqu’en 1973 sans partager ses idées se souvient qu’il plaisantait tout le temps, mais ne jouait ni ne buvait. Il lisait Mao Tsé-toung en français, était très patient, ne répondait pas aux provocations, parlait logiquement, prêtait la main à des victimes d’accidents, et était très sérieux pour ce qui était des positions révolutionnaires. « Plus il était en colère, plus il souriait » [10]. Emprisonné pour subversion de 1968 à 1970. Chef de la sécurité du secteur 33 à l’Ouest de Phnom Penh, puis en 1973 du secteur 25 au Nord de Phnom Penh avec Vorn Vetet Son Senpour supérieurs. Ce sont certainement ces derniers qui le remarquèrent, et non Ta Mok. Chef du service de Sécurité du Comité Central du P.C.K. à partir de 1973 [11], il souhaitait travailler sous la direction de Cheng Andans l’industrie, mais devint chef de l’unité d’interrogation de S-21 vers octobre 1975 à la place de Im Lon alias Nat, promu à l’état-major général [12]. Il avait pour supérieur Son Sen et Nuon Chea, et participait personnellement aux interrogatoires, annotait les confessions, préconisait des tabassages et des tortures mais il semble qu’il n’ait jamais tué lui-même, du moins pas avant l’arrivée imminente des Vietnamiens lorsqu’il se mit à tuer certains prisonniers de S-21 sur ordre de Nuon Chea [13]. Après 1996, il fut converti au christianisme par des missionnaires évangélistes Américains au Nord-Ouest du Cambodge et fut arrêté le 16 mai 1999. François Bizot, arrêté près de Oudong et interrogé par Duch pendant trois moisà Omleang dans l’Ouest, a esquissé quelques traits du personnage dans Le Portail[14].

- Dy Phon: Né le 19 février 1932 à Phnom Penh. Membre de l’U.E.K. et du Cercle Marxiste Léniniste avec Suong Sikœun. Il adhéra au Sangkum le 5 mars 1960. Les sihanoukistes le qualifiaient de « Khmer rose ». Diplômé de la Faculté de médecine de Paris en chirurgie dentaire, il devint chirurgien dentiste et spécialiste du traitement de la malaria à l’hôpital khméro-soviétique (inauguré fin août 1960), chef de service de stomatologie dans ce même hôpital dirigé par Thiounn Thioeun, professeur à la Faculté de médecine et des sciences paramédicales à Phnom Penh, membre du Conseil supérieur de la Santé. Il prit le maquis avec Thiounn Thioeun en 1971 et fut, sous le K.D., l’adjoint de Khieu Thirithdans le Comité chargé de l’éradication du paludisme. Il fut incarcéré à S-21 (Tuol Sleng) le 13 décembre 1978.

- Ek Phon (alias Phuong) : combattant Issarak et candidat probable du Pracheachun aux élections de 1955 sous le nom de Chau Phuong, il quitta Phnom Penh vers 1963 pour la région Est. Travaillant comme charpentier, il retourna à Phnom Penh pour suivre des séminaires politiques mais prit le maquis vers la fin de l’année 1964 pour échapper à une arrestation, et conduisit des sessions d’études sur la frontière khméro-vietnamienne sous la protection du F.N.L. Secrétaire adjoint de la zone Est dès 1970, derrière Sao Phim, ministre des Plantations, membre du Comité Central, il entra vers la moitié de l’année 1978 au Comité Permanent du Comité Central du K.D..

- Hin Chamron: étudiant de l’Ecole Spéciale des Travaux Publics Eyrolles de Paris, il participa au Festival Mondial de la Jeunesse de Vienne en Autriche en 1959 et fut vice-président de l’U.E.K. en 1960. Ingénieur des travaux publics considéré comme un « Khmer rose » par les sihanoukistes, ou comme un compagnon de route par les communistes, il rentra en 1976, et fut incarcéré à S-21 (Tuol Sleng) en janvier 1977. 

- Hong (Seng So Hong) : « neveu » de Pol Pot (avec l’ambiguïté que ce terme comporte au Cambodge), hébergé par le couple Ieng. Messager du Parti pendant la lutte clandestine, il devint Commissaire Spécial pour Phnom Penh pendant la guerre, puis Secrétaire Général du ministère des Affaires Etrangères sous le K.D., ce qui en faisait le numéro deux derrière Ieng Sary

- Hou Yuon(Youn): Né en 1930 à Angkor Ban (Kompong Cham) de cultivateurs aisés. Elève au lycée Sisowath, il arriva à Paris fin 1949, passa sa licence en droit et décroche le titre de docteur en sciences économiques en 1954 à Paris après 5 ans d’études avec une thèse sur La paysannerie au Cambodge. Membre du P.C. Français, participant au Cercle d’études marxistes, il alla en Yougoslavie vers 1950 et en Roumanie en 1953. Secrétaire d’Etat à la Santé Publique et au budget en 1958-1959, il devint, non sans mal, professeur d’économie politique en 1960 à la Faculté de Droit et de Sciences Economiques de Phnom Penh [15]. Selon la confession de Toch Phoeun, il se serait prononcé en 1966-1967 contre « la dictature du Parti déguisée en centralisme démocratique ». Ministre de l’Intérieur et des Réformes, ou de l’Intérieur, des Coopératives et de la Réforme Communale du GRUNK pendant la guerre civile, employé au ministère de la Propagande dirigé par Hu Nimet Tiv Ol, il eut souvent à intervenir lors de grands meetings dans les zones contrôlées par le FUNK, en parlant avant tout des efforts à réaliser pour s’unir face aux Américains et à Lon Nol, sans céder au compromis. D’après Tea Sabun, il aurait été un de ceux qui exprima le plus longuement ses critiques vis-à-vis de la collectivisation lors du Congrès du P.C.K. de juillet 1971. Il était alors pour le maintien des équipes d’entraide mutuelle. Hu Nim, dans sa confession, indiquait qu’en 1970, Hou Yuon « osait gronder » Pol Pot, et se plaindre qu’on le rabattait au rôle de « ministre pantin » et que l’on se servait de lui comme d’un « écran » [16]. D’après Koy Thuon, qui était dans la zone Nord avec lui, la ligne lui paraissait erronée en obligeant les paysans à aller plus vite que ne le permettait leur niveau de conscience. La collectivisation des terres et des animaux de traits mécontentait les masses, la suppression des marchés ne pouvait qu’empêcher les éléments patriotiques bourgeois de soutenir la révolution, quant à l’évacuation des gens des villes et des marchés, elle était contraire à la pratique des autres révolutions [17]. Toch Phoeun confessait que Yuon n’avait alors aucun rôle dans le Parti, et qu’il commença à exprimer ses désaccords avec le Parti en 1973, dût-il lui en coûter la vie. Ses critiques, probablement exprimées en dehors des réunions du Comité Central, dont il n’était pas membre, portaient sur la collectivisation de l’alimentation et des objets personnels (montres, bicyclettes) et sur l’interdiction des jardins familiaux. Mais il ne voulait pas renverser le P.C.K. en versant du sang. Il ne parvint pas à s’entendre avec Hu Nim, qui voulait toujours être le chef et dont le caractère était très retors. En 1974, il était démis de ses fonctions du bureau de Propagande du FUNK [18]. Koy Thuon entendit en avril 1975 que Hou Yuon avait été mis en détention par l’Organisation. Son élimination du champ politique eut lieu vers avril ou mai 1975 vraisemblablement pour s’être opposé à l’évacuation des villes, à la suppression de la monnaie et à une collectivisation trop rapide. Des documents de S-21 indiquent que Hou Yuon fut « jugé » en 1975. Les conditions de sa mort, qui, selon plusieurs témoins visuels n’est pas intervenue immédiatement, restent mystérieuses [19]. Il aurait prophétiquement déclaré à Pol Pot lors d’une réunion de la direction révolutionnaire peu après la victoire (ou en février 1975 ?) : « Je ne donne pas plus de trois années d’existence à votre régime » [20]. Ou encore : « La collectivisation à outrance ne pourrait pas marcher. Elle ne pourrait durer plus de trois mois sans une révolte populaire » [21].

- Hu Nim(alias Phoah, Phos): Né le 25 juillet 1932 à Mien, srok de Prey-Chhor (Kompong Cham). Elève au lycée Sisowath, il vécut au centre religieux du Wat Unnalom avec un bonze. Obtenant la deuxième partie de son baccalauréat en philosophie à Phnom Penh en 1953, il effectua ses deux premières années de licence à l’Institut National d’Etudes Juridiques, Economiques et Politiques, qui était, en 1953, le seul établissement d’enseignement supérieur à Phnom Penh. D’après sa confession, il aurait obtenu une bourse en 1955 pour continuer ses études de douanes et de droit en France alors qu’il était poursuivi par la police pour avoir fait campagne pour le Parti Démocrate. Il y fréquenta des progressistes tout en s’opposant à l’influence vietnamienne sur les révolutionnaires et obtint sa licence en droit en 1957. Rentré au pays, il adhéra au Sangkum le 30 décembre 1957, et devint peu de temps après député et sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur chargé des relations avec le Parlement [22]. Du 19 janvier 1960 au 5 août 1960, à la faveur de la récente affaire de tentative de coup d’Etat pro-américain imputée à Sam Sary et Dap Chhuon, il fut directeur politique de l’hebdomadaire Réalités cambodgiennes. Contrôleur des douanes, fonctionnaire au ministère du Plan, il devint vice-président de l’Assemblée Nationale en 1962, secrétaire d’Etat au commerce la même année avant d’être renvoyé en 1963. Vice-président et président de l’Association d’Amitié Sino-cambodgienne créée en 1964-1965, il termina alors une thèse sur Les services publics et économiques au Cambodge (1965). Il partit pour le maquis le 7 octobre 1967 pour échapper à la répression touchant les intellectuels progressistes. Parvenant dans la zone Nord, sous l’aile de Koy Thuon, il devint président du Ministère de la Propagande du Parti, assisté de Tiv Ol. Ministre de la Culture, de l’Education, de l’Information et de la Propagande du GRUNK en 1970, il fut critiqué parTiv Ol pour avoir accordé une promotion au transfuge démocrate Pech Leum Kun [Pech Lim Khun], qui, en quittant en avion le régime de Lon Nol, avait jeté des bombes sur le palais présidentiel. Avant 1974, écrivait Toch Phoeun, Hu Nim était en conflit ouvert avec Hou Yuon. Il se plaignait néanmoins auprès de Phoeun du manque de confiance que lui accordait le Parti, et du rôle de simple « façade » que lui apportait son poste de ministre. A partir du début de l’année 1974, Nim, se serait mis à critiquer le refus de négocier avec les Américains qui coûtait un prix exorbitant en vie humaines, ainsi que les attaques contre les petits-bourgeois, la coopérativisation qu’il jugeait comme Hou Yuon, « trop rapide, si bien que les masses n’étaient pas enthousiastes mais effrayées », d’autant qu’elles étaient éduquées par des « ignares ». La fermeture des marchés était contraire aux lois économiques du socialisme, et pas seulement du capitalisme. Quant à l’alimentation collective, elle était une blague, une caricature des attaques bourgeoises contre le communisme stalinien [23]. Sous le K.D., resté ministre de l’Information et de la Propagande, il émit quelques communiqués en matière de politique étrangère, et lut les résultats des élections de mars 1976, mais il n’était pas membre du Comité Central. Tiv Ol écrit dans ses confessions qu’il demandait plus de personnel pour améliorer les émissions radio et mieux contrôler les masses aux échelons inférieures. Le ministère de la Propagande était devenu, par le biais des affinités entre Hu Nim et Koy Thuon, une sorte de satellite du ministère du Commerce qui lui prodiguait de nombreux biens (nourriture, boissons, radios, savons, montres), ainsi qu’un lieu privilégié pour des relations intimes hors mariage. Hu Nim a sans doute pu se maintenir grâce à son caractère qualifié dans certaines confessions de « retors » ou d’« indécis ». Koy Thuon indiquait que Hu Nim avait dissimulé ses oppositions devant l’Organisation, qui avait donc été dupée en le confirmant au poste de ministre de la Propagande. Il considérait en réalité que la suppression des marchés ne signifiait pas l’égalité mais de vastes disparités dans l’approvisionnement en nourriture, faute de mécanisme opérationnel d’échange, que la politique d’exécution relevait du fascisme, et que l’évacuation avait entraîné des « souffrances absurdes » : ceux qui avaient été privés de leur toit et de leurs biens après des années d’économies étaient dorénavant privés de tout et tourmentés comme des « tortues dans un feu » [24]. Il fut arrêté le 10 avril 1977, quelques semaines après que Toch Phoeun et Koy Thuon aient écrit leur confessions. On dit aussi qu’il aurait pris trop au sérieux ses fonctions de ministre et de député du K.D., jusqu’à concurrencer Ieng Sarylors de visites diplomatiques, jouant par exemple au maître de cérémonie lors de l’anniversaire du 17 avril, tout en refusant de rouler dans la mercedes mise à sa disposition par l’Angkar[25]. Peu avant son arrestation, il aurait dit à Yun Yat, qui lui succéda à ce poste, « le temps est venu pour qu’on utilise la monnaie » [26].

- Ieng Sary(alias Van, à l'intérieur du pays, ou "Thang" [ou Thong, à l'extérieur du pays], le seau, de son vrai nom Kim Trang [27]) né en 1924. François Ponchaudrapporte que ses parents étaient Khmers « contrairement à ce qu’on a pu écrire à ce sujet » mais que sa mère est morte alors qu’il était en bas âge. Probablement Khmer Krom* par sa mère, une source fragile affirme qu’il était Vietnamien par son père [28], une autre, Chinois par son père [29]. Fils de propriétaire foncier [30] originaire du canton de Luong Hoa, province de Tra-Vinh, Sud-Vietnam, l’invasion japonaise le poussa en 1940 à venir dans la province de Prey Veng chez un parent où il prit le nom d’un bonze ami de la famille et change d’âge pour rentrer à l’Ecole primaire de Prey Veng, dirigée par un beau-frère de son oncle, et passer son Certificat d’Etudes [31]. Kim Trang portait désormais le nom purement cambodgien de Ieng Sary. Rentré au lycée Sisowath en octobre 1943, il inspirait la sympathie par sa vivacité. En 1949, il dirigea des manifestations contre Sihanouk en 1949 et courtisa alors sa future femme Khieu Thirith. Après qu’il eut réussi la première partie du baccalauréat, le prince Indravong lui offrit une bourse et un billet pour la France où il passa la deuxième partie de son baccalauréat au lycée Condorcet. Son arrivée en France date de 1950 (Becker), ou de 1951 (Chandler) mais non de 1949 (voir courrier de Sieu An, sans doute Sien An, en provenance de la Régie Nationale de Phnom Penh à Tep Saravouth, habitant le 59 bd Jourdan à Paris (maison d’Indochine de la Cité Universitaire Internationale), 5 mai 1950 [32]). Inscrit deux ans à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris de 1951 à 1953, il n’y suivit quasiment aucun cours, préfèrant les cours donnés par des universitaires communistes à l’Université Nouvelle du P.C.F.. Inscrit ensuite en propédeutique de lettres et d’histoire, il se montra un actif militant à l’A.E.K. et l’U.E.K., et anima jusqu’à la fin de l’année 1956 le Cercle d’études marxistes khmer dont il était un co-fondateur. A Phnom Penh, il enseigna dans une école privée ou à domicile avant d’entrer dans le maquis en 1963, où il fut formé à l’école révolutionnaire vietnamienne. Haut responsable du Parti à Ratanakiri de 1966 à 1971, il partit représenter le FUNK à Pékin, et se chargea du recrutement et du contrôle du FUNK et du GRUNK. Egalement responsable des affaires financières, il supprima les bourses du GRUNK pour les étudiants en France, et leur demanda de cesser les études [33]. De retour au Kampuchéa vers le 24 avril 1975, il devint vice-premier ministre chargé des Affaires Etrangères du Parti et de l’Etat, et haut responsable du ministère B-1 (de bâratéh = étranger), partageant tour à tour avec Sao Phimet Ta Mokla position de numéro trois du Parti. Les purges dans son ministère étaient conduites par la branche spéciale de la sécurité dite S-21 sous la direction de Nuon Cheaet de Son Senà qui étaient envoyées les confessions entraînant les arrestations. Ieng Sary a très certainement reçu deux confessions qui lui étaient destinées, dans lesquelles étaient évoqués des massacres et des arrestations en province, avec des listes de traîtres. Il reconnut en janvier 1999 avoir reçu des télégrammes émanant des zones à propos d’éliminations de membres du Parti. Le 17 avril 1977, il déclarait que le peuple cambodgien et l’armée Révolutionnaire avaient « détruit toutes les intrigues de l’ennemi, et écrasé leurs réseaux d’espions » préservant ainsi les fruits de la révolution. Plusieurs biographies de prisonniers, de confessions et de notes d’interrogateurs de S-21 montrent que le Ministère des Affaires Etrangères servait de lieu de rétention à des cadres sur le point d’être emmenés à S-21 (Tuol Sleng). Laurence Picqavait donné à B-1 le surnom d’ « antichambre de la mort » ou d’antichambre du service de sécurité[34]. Elle avait assisté à l’arrivée à B-1 et à la promotion de nombreux cadres du Nord-Ouest et de leur famille qui faisaient même la pluie et le beau temps à B-1, avant d’être purgés en raison de la désorganisation de l’agriculture et des conflits avec la Thaïlande dont ils étaient supposés être responsables (il est intéressant de noter qu’elle pensait que Roat [de son vrai nom Sam San] avait été arrêté, alors qu’il était encore vingt ans plus tard conseiller du président de l’Assemblée Nationale Chea Sim). Avant leur arrestation, les ambassadeurs au Laos et en Corée, Meak Touch alias Kaem, et Saev, avaient aussi été transférés à B-1 pour recyclage et consultation – et Meak Touch fut encore enfermé seul du 24 juillet au 20 novembre 1977 avant d’être transféré au ministère de la Sécurité. On leur avait laissé augurer des fonctions plus importantes. Quelques jours avant la disparition de Vorn Vet, Laurence Picqle croisa allant au bureau de réunion de Ieng Sary en même temps qu’elle allait à son travail [35] (le sens de cette rencontre entre les deux dirigeants prête à conjectures). Lors d’un congrès en juillet 1976, au moment où était passée en revue la situation de Défense du pays, la position du ministère était qu’il y avait dans le pays « de 1 à 5% de traîtres, qui font un travail de sape. Aussi devons-nous examiner leurs biographies personnelles et exercer l’auto-critique, surtout au ministère des Affaires Etrangères. Les ambassades désirent connaître [notre] direction afin de le rapporter à leurs pays, ou pour d’autres raisons » [36]. En 1996, recevant de Sihanouk le pardon royal, Sary fonda le Mouvement d’Union Nationale Démocratique.

- In Samboc: né en 1931 à Kompong-Cham. Cousin germain de In Sokan. Elève à l’école technique de Russey Keo. Arrivé en 1950, il logea à la Maison d’Indochine puis au 28, rue Saint-André-des-Arts en 1952. Boursier inscrit en cours supérieur à l’Ecole Française de Radio-Electricité, rue Amiot, il devint membre de l’A.E.K. et commissaire aux activités sociales de l’U.E.K. en 1956, avant de rentrer au Cambodge en 1958. Sa trace a semble-t-il disparu après l’évacuation de Phnom Penh en 1975.

- In Sokan(alias camarade Ta Ny) : né le 28 juin 1929 à Phnom Penh de In Cham, gouverneur de province et de Madame Kim. Elève au collège Preah Sihanouk de Kompong Cham et au lycée Sisowath de Phnom Penh. Il arriva en France en 1949 et devint Docteur en médecine en décembre 1958. Membre de la cellule du P.C.F. de la maison d’Indochine à Paris, où il aurait été sympathisant communiste sans être membre du Parti, il devint plus tard un des animateurs du Cercle d’études marxistes et président de l’U.E.K à la fin de l’année 1956, alors qu’il entamait sa 5e année de médecine. Il adhéra au Sangkum en janvier 1960, mais repartit le 27 septembre 1960 en France, sans doute à cause de la répression qui touchait les journalistes de gauche en août-septembre. Il s’inscrivit à la Faculté de Pharmacie de Paris jusque vers 1964 grâce à une bourse du gouvernement français. A son retour, il dirigea le service de phtisiologie à l’hôpital de l’amitié khméro-soviétique, puis le service de lutte anti-tuberculose. Il enseignait aussi la physionomie à la Faculté de Médecine, était inspecteur-adjoint de la Santé publique et travaillait en Europe à la Food and Agriculture Organization (l’Institution des Nations Unies). Président de la délégation du FUNK en France, sise place de Barcelone jusqu’en décembre 1975, il travailla, sous le K.D., au Ministère de la Santé et des Affaires Sociales de Ieng Thirith, délivra des soins à l’hôpital Preah Ket Mealea, dans un état « devenu apathique », et traita les maladies pulmonaires à l’Hôpital du Dix-Sept Avril (ancien hôpital des Bonzes dit Lok Sâng) [37]. Il fit un bref séjour à la campagne au terme duquel il revint un peu grossi, ce qui alimenta abondamment la propagande selon laquelle on mangeait mieux à la campagne qu’à Phnom Penh. Il aurait succombé des suites d’une maladie consécutive à une carence en sel, pendant la retraite révolutionnaire, dans la région de Leach, peu après être passé par le Quartier Général de Ta Mokà Phnom Aural en février 1979 pour y organiser un hôpital de front [38].

- In Sophann : frère du précédent. Né le 5 février 1938 à Takeo. Ingénieur des Arts et Manufactures de Paris ou de l’Ecole Centrale de Paris en 1963, il adhéra au Sangkum en 1964. Ingénieur principal des mines et président général de la société nationale des tracteurs. Dès son retour au K.D.,