Nous
avons retenu dans la liste qui suit les étudiants cambodgiens de
gauche les plus actifs en France, les figures « progressistes »
du FUNK, ainsi que des membres du Comité Central du P.C.K. et certains
cadres du Kampuchéa Démocratique.
Outre
nos recherches personnelles et des informations généalogiques
ou scolaires puisées dans les archives françaises, nous avons
eu recours pour établir ces notices à : Pol Pot, frère
numéro un de David Chandler, Pol Pot and Khieu Samphande
Steve Heder, Documentary evidence linking surviving senior and other
leaders of the communist Party of Kampuchea to crimes against humanity
in Cambodia, 1975-1979 de Steve Heder, Seven Candidates for prosecution
: Accountability for the Crimes of the Khmer Rouge, de Stephen Heder
et Brian D. Tittemore (War Crimes Research Office, Washington College
of Law, American University and Coalition for International Justice, june
2001, disponible sur internet au format PDF), How Pol Pot came to Power
de Ben Kiernan, le magazine du Documentation Center of Cambodia Searching
for the Truth (en anglais pour l’année 2000), Cambodge année
zéro de François Ponchaud,
Le mal cambodgien de Marie-Alexandrine Martin. De brèves
présentations des élites cambodgiennes membres du Sangkum
avec des photos sont présentes dans la revue politique illustrée
Le Sangkum. Pour une liste des membres du GRUNK, le plus utile est
Malcolm Caldwell & Lek Tan, Cambodia in the Southeast Asian War,
1973, pp.384-385, mais nous avons d’autres renseignements dans Derrière
le sourire khmer de Charles Meyer et dans les archives de l’Institut
d’Histoire Sociale de Nanterre. Des renseignements émanant de
la partie du Kampuchéa Démocratique écrits en français
vers 1995 nous ont été transmis par Steve Heder. D’autres
sources biographiques sont de moins bonne qualité [1].
Nous remercions Steve Heder de nous avoir fait partager l’immense savoir
qu’il s’est construit en étudiant les confessions de prisonniers
de S-21 et de nous avoir transmis quelques synthèses de confessions
réalisées en juin 2001.
Note
: les noms sont placés avant les prénoms, comme il est d’usage
au Cambodge. La politesse cambodgienne veut que l’on s’adresse à
une personne par son prénom précédé des mots
Monsieur ou Madame, par un surnom ou par sa position sociale. Lorsque les
historiens du Cambodge évoquent une personne à la forme courte
ils emploient le prénom.
-
Ban Yan
: Etudiant à l’Ecole Centrale en télécommunications
de Paris et vice-président de l’UEK en 1969. Probablement mort en
1975 [ou de malaria plus tôt].
-
Chan(alias
Seng Hong)
: ancien combattant Issarak. Dans les années soixante, Nuon Cheaet
Pol Pot paraissent mieux s’entendre avec lui qu’avec Sao Phim.
A l’Est, dans le secteur dont il a la charge, le n°21, des Chams se
révoltèrent à la fin de 1974. Secrétaire adjoint
de la zone Est, il procéda à des purges à l’Est avant
d’en tomber victime lui-même.
-
Chan Youran:
licencié en droit à Phnom Penh, diplômé de l’Ecole
Royale d’administration de Phnom Penh, section diplomatie, au début
des années soixante, il fut, avant la destitution de Sihanouk, premier
secrétaire de l’Ambassade Royale du Cambodge à Paris puis
conseiller culturel, ambassadeur ou consul dans plusieurs pays d’Afrique
(Mali, Sénégal). Sihanoukiste de gauche mais non communiste,
il fut ministre de l’Education et de la Jeunesse populaire du GRUNK jusqu’à
la fin de l’année 1973, date à laquelle il devint ambassadeur
au Sénégal. Membre du Département de Politique Générale
au ministère des Affaires étrangères duK.D.,
dont Ieng Saryétait
le chef. Après 1979, il fut successivement ambassadeur du gouvernement
de Coalition du K.D. au Caire, puis à Pékin jusqu’en 1991,
membre fondateur du Parti de la Grande Union Nationale du Kampuchéa
fondé vers mi-1992 sous la présidence de Khieu Samphan,
ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Provisoire
dit d’Union et de Salut National du Kampuchéa puis vice-premier
ministre et ministre des Affaires Etrangères de ce même gouvernement.
-
Chau Seng:
né le 15 mars 1929 à Triton (Cochinchine). D’extraction très
modeste, il fut emmené à Phnom Penh par un oncle et y obtint
le diplôme de l’Ecole Normale qui formait des instituteurs. Parti
en France en 1949, il n’étudia pas à Paris, mais à
l’école normale d’instituteurs de Montpellier. Il se lia avec Khieu
Samphanet
Uch Ven,
également étudiants à Montpellier, y rencontra occasionnellement
Ieng Sary, et y fit la
connaissance de sa future femme au cours d’ une manifestation contre la
guerre d’Indochine organisée par le P.C.F.. Cette dernière
était la fille d’un maire communiste du Sud qui était le
parfait homonyme d’un secrétaire de la CGT et membre du Politburo
du P.C.F.. Chau Seng revint au Cambodge en 1955 avec un diplôme d’instituteur,
une licence ès-lettres obtenue à Montpellier, et, si l’on
en croit la note biographique parue à son sujet dans le Sangkum
de septembre 1966, un DES de psycho-pédagogie. Il adhéra
au Sangkum le 13 avril 1957. Tour à tour considéré
comme un nationaliste de gauche, un progressiste ou un communiste, il est
qualifié par ses proches de « progressiste de gauche »,
de « communiste bourgeois », de communiste de cœur exalté,
de partisan de l’instauration d’un régime socialiste, mais non de
fanatique. Son épouse admet qu’il ne perdit jamais le contact avec
ses vieilles amitiés parmi les communistes, et n’avait pas de divergence
majeure avec eux. Il était très ami avec Hou Yuon,
Hu Nim,
Uch Ven, et voyait souvent Khieu Samphan. En revanche, ses rapports avec
Ieng Sary n’étaient pas très bons. Ce sont ces amis qui l’enjoignirent
de se maintenir au sommet du pouvoir sous Sihanouk. Mais il n’était
pas membre du P.C.K.. Il exprimait beaucoup de respect pour le bouddhisme
et était attiré par le personnalisme d’Emmanuel Mounier dont
il possédait les ouvrages. D’après Charles Meyer, qui l’a
connu depuis 1956, il n’avait pas la réputation d’être un
fervent bouddhiste mais utilisait les dignitaires de la communauté
bouddhique à ses fins. Ses ambitions politiques étaient sans
limites, aussi les rouges ne croyaient-ils guère en ses convictions
révolutionnaires et le tenaient pour un opportuniste virtuose du
double jeu. Sihanouk déclarait ouvertement avoir confié à
Chau Seng des postes « lucratifs » afin de l’éprouver
et de l’avoir en main (il avait tenté de faire de même avec
Hou Yuon et Khieu Samphan mais sans succès). Sa carrière
administrative l’amena à être professeur à l’Ecole
Normale de Phnom Penh en 1956, directeur des affaires politiques et administratives
de la présidence du conseil des ministres (1957), recteur de l’université
bouddhique et responsable des publications de la collection « culture
et civilisation khmères » (1959), président directeur
général des magasins d’Etat (1966). En politique, il commença
par être député de la capitale (1958 à 1966),
secrétaire d’Etat du Comité exécutif du Sangkum
Reastr Niyum, secrétaire général de la Jeunesse
socialiste khmère de 1958 à 1967, puis vice-président
de l’Assemblée Nationale (1959), secrétaire d’Etat à
l’Education Nationale (janv. 1958 – juin 1959), ministre de l’Information
(avril 1960 – août 1962), ministre de l’Agriculture (oct. 1962 –
déc. 1964), directeur de cabinet du chef de l’Etat (janv. 1965 –
nov. 1966), ministre d’Etat chargé du Commerce (août – nov.
1966), ministre d’Etat chargé de l’Economie Nationale (mai – sept.
1967). La note biographique officielle qui portait ces précisions
du temps où Chau Seng était ministre du GRUNK indiquait encore
qu’il parvint à être membre du Haut Conseil du Trône
de novembre 1966 à septembre 1967, ce que dément Charles
Meyer. D’autres sources indiquent qu’il était alors chef du Cabinet
du chef de l’Etat. A l’Agriculture, il encouragea la création de
coopératives. Ses activités de publiciste s’illustrèrent
comme rédacteur occasionnel à l’hebdomadaire Réalités
cambodgiennes et au Nationaliste (Neak Cheat Niyum) (1959-1962),
comme gérant et directeur de publication de La Dépêche
du Cambodge et de la Nouvelle Dépêche (1958-1967),
et comme rédacteur en chef des revues en langue française
Kambuja et Le Sangkum (1965-1968). Il présidait également
l’Association de la Presse au Cambodge (1960-1967). Au moment de la Révolution
Culturelle il fut accusé publiquement par Lon Nold’être
un agent des maquisards, et par Sihanouk d’être pro-chinois. Après
que Sihanouk lui êut publiquement préconisé, à
la fin du mois de janvier 1968,de
« se préparer à fuir » [2],
son nom disparut de la fonction de rédacteur en chef du Sangkum
et de Kambuja, respectivement en septembre 1968 et le 15 août
1968. Comme se le remémorent ses proches, il choisit la prudence,
et s’en alla en France où le Prince souhaita qu’il reste. Il se
consacra alors à la psycho-sociologie et à l’histoire du
bouddhisme et s’inscrivit en doctorat ès-lettres à Montpellier
en 1968 puis à Paris en 1970, sans y résider. Cette année-là,
il obtint un doctorat de 3ème cycle. Puis, de janvier 1970 à
septembre 1971, il mena de front le métier de viticulteur et de
maître-assistant associé au centre universitaire de Perpignan.
Ses amis Hou Yuon, Hu Nim et Uch Ven ne lui proposèrent apparemment
pas de les suivre dans le maquis. Il ne s’y risqua pas et lutta à
sa façon contre les « traîtres » Lon Nol et Sirik
Matak comme ministre chargé des missions spéciales du GRUNK
de 1971 à 1975. De sources françaises, il aurait été
un diplomate intempérant, intelligent mais exalté, qui, après
avoir échoué dans ses missions spéciales en Amérique
latine en vue de la cession de l’ONU de 1974, fut mal considéré
par les Chinois. En 1972, il avait démenti toute implication de
commandos vietcongs dans les forces du FUNK. En décembre 1975, après
beaucoup d’hésitations, il décida de son plein gré,
et non sur invitation du GRUNK, de rejoindre sa « chère patrie
», où on connaissait ses compétences, considérant
que sa place n’était pas ailleurs et pensant apparemment que les
communistes ne détenaient pas l’ensemble du pouvoir. Envoyé
se rééduquer par le travail au district de Chamcar Lœu (province
de Kompong Cham), il travailla à récupérer du jus
de palme destiné à fabriquer du sucre, ce qu’il avait appris
à faire dans sa jeunesse en Cochinchine. Au ministère B-1,
le fait qu’il se soit illustré dans cette activité dangereuse
était apprécié comme une preuve de fidélité
envers son idéal de progrès social. Vers mai-juin 1976, Chau
Seng revint à Phnom Penh, maigre comme il l’était de nature,
avec d’autres intellectuels, Van Piny, Penn Hoch [Penn Nhach, fils de Penn
Nouth], mais sans Huot Sambath et Ganty, dirigés ailleurs. Il parla
en présence de Laurence Picqde
la situation économique « avec des accents de sincérité
» et non sous forme de slogans : « Mon niveau de vie a considérablement
baissé, mais je peux noter que je ne manque pas de l’essentiel.
J’ai appris beaucoup de choses. Jamais je n’aurais imaginé la vie
des paysans telle qu’elle est. Je suis content de constater que le niveau
de toute la population peut s’élever. Dans certains endroits et
dans certains domaines, les progrès sont considérables » [3].
Transféré à Bœng Trabek où il était
vice-président du Comité du Front, il exprima pourtant rapidement
en privé son désir de prendre sa retraite et d’aller vivre
en France[4].
Selon d’anciens révolutionnaires, il aurait trouvé «
absurde l’utilisation massive du travail manuel au lieu de l’emploi de
la machine ». Il fut arrêté le 18 janvier ou le 11 mars
1977, et exécuté le 6 juillet 1977, mais la confession qu’il
a écrite a été perdue. Aux employés de B-1,
on avait donné pour explication qu’il avait dirigé un réseau
de la SDECE (le Service de Défense et du Contre-Espionnage Français) [5].
-
Chea Sim
: secrétaire du district de Ponhea Kraek. dans la région
de Kompong Cham.
-
Cheng An:
cheminot recruté au P.C.K. vers la fin des années cinquante
et le début des années soixante-dix, il fut emprisonné
avec sa femme sous Sihanouk dans les années soixante. En 1976, il
devint président du Comité pour l’Industrie en remplacement
de Koy Thuon.
Possible membre suppléant du Comité Central en 1976, il a
pu être élevé au rang de membre à part entière
en 1978 juste avant d’être purgé. Menotté, il aurait
échappé à la vigilance de ses geôliers et aurait
crié à des ouvriers de l’usine textile n°3 à Phnom
Penh de se révolter contre l’assassin et traître Pol Pot [6].
-
Chi Kim An:
Etudiant marxiste en France. Ingénieur géomètre diplômé
de l’Ecole des Travaux Publics de Paris au début des années
cinquante. Rédacteur en chef du journal pro-communiste Pracheachun
en 1955, il fut arrêté par Sihanouk. Etant un des chefs du
Parti communiste légal, il représenta avec Sien Anet
Keo Measl’ex-résistance
khmère au sein de la Commission Internationale de Contrôle
des accords de Genève, avant d’être ambassadeur [information
contestée]. Il prit le maquis en 1963, resta un des hauts cadres
du Parti communiste jusqu’en 1970 date à laquelle il se mit au service
de la République comme chef du service des cadastres. Selon une
source révolutionnaire, il mit officiellement fin à sa vie
en se pendant en 1971, à cause de son désaccord avec la ligne
du Parti. Ith Sarin rapporte qu’il se serait suicidé en avril 1972
au village de Srê Andaung (Pauvre Cambodge! pp.217, 219).
D’après une source proche des révolutionnaires, sa femme,
non communiste, aurait dit qu’il était mort de paludisme pendant
la guerre.
-
Chhorn Hay:
ingénieur en télécommunications, secrétaire
général de l’U.E.K., il prit le maquis en 1966 [ou en 1971].
En 1970, il fut formé par le Parti dans le Sud-Ouest, où
il semble avoir été dénigré par Ta Mokcomme
un intellectuel, avant d’être transféré au Nord en
juin 1971 [7].
En 1975, il devint chef du protocole du Palais, chargé des relations
du Parti avec le Chef de l’Etat, et suivit le Prince au moment de l’invasion
du Vietnam, se réfugiant à Phnom Malay avant de rejoindre
le Roi en 1982.
-
Chou Chet,
(alias Thang Si ou Si) : Khmer Issarak, il adhèra
au P.C. Indochinois en 1951 dans la région de Kampot, et fut formé
dans une école de cadres au Vietnam. A partir de 1954, il participa
à la commission mixte de contrôle chargée de veiller
au cessez-le-feu prévu par les Accords de Genève. Editeur
du journal Pracheachun[8],
ou collaborateur de la presse du Parti des Travailleurs Khmer, il fut arrêté
en 1962 au moment de la vague de répression qui toucha le mouvement
Pracheachun. Une fois libéré, il retourna dans le
Sud-Ouest et y occupa la fonction de secrétaire de secteur du Parti,
jusqu’à devenir numéro deux du Comité de la zone,
derrière Ta Mok,
après l’exécution de Chong alias Prasithen
1973/1974. Ce dernier refusait l’autorité de Mok sur Koh Kong et
était mécontent de la cessation, exigée par le Parti,
de toute relation politique ou autre avec des éléments bourgeois
comme des commerçants Sino-Khmers ou Thaï-Khmers [9].
Il était en même temps nommé vice-ministre de la Santé
Publique du GRUNK en septembre 1970, puis des Affaires Religieuses et Sociales
du GRUNK en remplacement de Ngo Hou. Sous le K.D., il devint membre du
Comité Central en 1976 – non du Comité Permanent – et secrétaire
du Comité de Parti de la Zone Ouest, jusqu’à son arrestation
le 26 mars 1978, et son remplacement par Ta Mok. Dans sa confession il
retrace une conversation non datée avec Nuon Cheadans
laquelle ce dernier lui aurait reproché d’avoir été
laxiste dans l’exécution des anciens soldats de Lon Nol.
Selon des sources orales réunies par Ben Kiernan, il aurait publiquement
exprimé son désaccord avec un autre dirigeant de sa zone
sur la politique à tenir à l’égard du Vietnam.
-
Duch(prononcer
Douch, de son vrai nom Kaing Khek Iev, Kang Kech Eav):
sino-khmer d’origine, il passa son enfance à Kompong Chen ou Kompong
Khleang (province de Kompong Thom), étudia au collège de
kompong Thom (1960-1961), au lycée de Siem Reap (1961-1962), au
lycée Sisowath (1962-1964), y obtint le baccalauréat et entra
à l’Institut National Pédagogique en 1964. Il fut attiré
par le communisme par un groupe d’étudiants chinois de l’université
de Phnom Penh venus dans le cadre d’un échange. De 1965 à
1968, il enseigna les sciences au collège de Skun, et les mathématiques
au lycée Chhoeung Prey dans la province de Kompong Cham. Ses élèves
admiraient sa mémoire et la précision de ses cours. Un bonze
qui le connut jusqu’en 1973 sans partager ses idées se souvient
qu’il plaisantait tout le temps, mais ne jouait ni ne buvait. Il lisait
Mao Tsé-toung en français, était très patient,
ne répondait pas aux provocations, parlait logiquement, prêtait
la main à des victimes d’accidents, et était très
sérieux pour ce qui était des positions révolutionnaires.
« Plus il était en colère, plus il souriait » [10].
Emprisonné pour subversion de 1968 à 1970. Chef de la sécurité
du secteur 33 à l’Ouest de Phnom Penh, puis en 1973 du secteur 25
au Nord de Phnom Penh avec Vorn Vetet
Son Senpour
supérieurs. Ce sont certainement ces derniers qui le remarquèrent,
et non Ta Mok.
Chef du service de Sécurité du Comité Central du P.C.K.
à partir de 1973 [11],
il souhaitait travailler sous la direction de Cheng Andans
l’industrie, mais devint chef de l’unité d’interrogation de S-21
vers octobre 1975 à la place de Im Lon alias Nat, promu à
l’état-major général [12].
Il avait pour supérieur Son Sen et Nuon Chea, et participait personnellement
aux interrogatoires, annotait les confessions, préconisait des tabassages
et des tortures mais il semble qu’il n’ait jamais tué lui-même,
du moins pas avant l’arrivée imminente des Vietnamiens lorsqu’il
se mit à tuer certains prisonniers de S-21 sur ordre de Nuon Chea [13].
Après 1996, il fut converti au christianisme par des missionnaires
évangélistes Américains au Nord-Ouest du Cambodge
et fut arrêté le 16 mai 1999. François Bizot, arrêté
près de Oudong et interrogé par Duch pendant trois moisà
Omleang dans l’Ouest, a esquissé quelques traits du personnage dans
Le Portail[14].
-
Dy Phon:
Né le 19 février 1932 à Phnom Penh. Membre de l’U.E.K.
et du Cercle Marxiste Léniniste avec Suong Sikœun.
Il adhéra au Sangkum le 5 mars 1960. Les sihanoukistes le
qualifiaient de « Khmer rose ». Diplômé de la
Faculté de médecine de Paris en chirurgie dentaire, il devint
chirurgien dentiste et spécialiste du traitement de la malaria à
l’hôpital khméro-soviétique (inauguré fin août
1960), chef de service de stomatologie dans ce même hôpital
dirigé par Thiounn Thioeun,
professeur à la Faculté de médecine et des sciences
paramédicales à Phnom Penh, membre du Conseil supérieur
de la Santé. Il prit le maquis avec Thiounn Thioeun en 1971 et fut,
sous le K.D., l’adjoint de Khieu Thirithdans
le Comité chargé de l’éradication du paludisme. Il
fut incarcéré à S-21 (Tuol Sleng) le 13 décembre
1978.
-
Ek Phon (alias Phuong)
: combattant Issarak et candidat probable du Pracheachun aux élections
de 1955 sous le nom de Chau Phuong, il quitta Phnom Penh vers 1963 pour
la région Est. Travaillant comme charpentier, il retourna à
Phnom Penh pour suivre des séminaires politiques mais prit le maquis
vers la fin de l’année 1964 pour échapper à une arrestation,
et conduisit des sessions d’études sur la frontière khméro-vietnamienne
sous la protection du F.N.L. Secrétaire adjoint de la zone Est dès
1970, derrière Sao Phim,
ministre des Plantations, membre du Comité Central, il entra vers
la moitié de l’année 1978 au Comité Permanent du Comité
Central du K.D..
-
Hin Chamron:
étudiant de l’Ecole Spéciale des Travaux Publics Eyrolles
de Paris, il participa au Festival Mondial de la Jeunesse de Vienne en
Autriche en 1959 et fut vice-président de l’U.E.K. en 1960. Ingénieur
des travaux publics considéré comme un « Khmer rose
» par les sihanoukistes, ou comme un compagnon de route par les communistes,
il rentra en 1976, et fut incarcéré à S-21 (Tuol Sleng)
en janvier 1977.
-
Hong (Seng So Hong) : « neveu » de Pol Pot (avec
l’ambiguïté que ce terme comporte au Cambodge), hébergé
par le couple Ieng. Messager du Parti pendant la lutte clandestine, il
devint Commissaire Spécial pour Phnom Penh pendant la guerre, puis
Secrétaire Général du ministère des Affaires
Etrangères sous le K.D., ce qui en faisait le numéro deux
derrière Ieng Sary.
-
Hou Yuon(Youn):
Né en 1930 à Angkor Ban (Kompong Cham) de cultivateurs aisés.
Elève au lycée Sisowath, il arriva à Paris fin 1949,
passa sa licence en droit et décroche le titre de docteur en sciences
économiques en 1954 à Paris après 5 ans d’études
avec une thèse sur La paysannerie au Cambodge. Membre du
P.C. Français, participant au Cercle d’études marxistes,
il alla en Yougoslavie vers 1950 et en Roumanie en 1953. Secrétaire
d’Etat à la Santé Publique et au budget en 1958-1959, il
devint, non sans mal, professeur d’économie politique en 1960 à
la Faculté de Droit et de Sciences Economiques de Phnom Penh [15].
Selon la confession de Toch Phoeun,
il se serait prononcé en 1966-1967 contre « la dictature du
Parti déguisée en centralisme démocratique ».
Ministre de l’Intérieur et des Réformes, ou de l’Intérieur,
des Coopératives et de la Réforme Communale du GRUNK pendant
la guerre civile, employé au ministère de la Propagande dirigé
par Hu Nimet
Tiv Ol,
il eut souvent à intervenir lors de grands meetings dans les zones
contrôlées par le FUNK, en parlant avant tout des efforts
à réaliser pour s’unir face aux Américains et à
Lon Nol,
sans céder au compromis. D’après Tea Sabun, il aurait été
un de ceux qui exprima le plus longuement ses critiques vis-à-vis
de la collectivisation lors du Congrès du P.C.K. de juillet 1971.
Il était alors pour le maintien des équipes d’entraide mutuelle.
Hu Nim, dans sa confession, indiquait qu’en 1970, Hou Yuon « osait
gronder » Pol Pot, et se plaindre qu’on le rabattait au rôle
de « ministre pantin » et que l’on se servait de lui comme
d’un « écran » [16].
D’après Koy Thuon,
qui était dans la zone Nord avec lui, la ligne lui paraissait erronée
en obligeant les paysans à aller plus vite que ne le permettait
leur niveau de conscience. La collectivisation des terres et des animaux
de traits mécontentait les masses, la suppression des marchés
ne pouvait qu’empêcher les éléments patriotiques bourgeois
de soutenir la révolution, quant à l’évacuation des
gens des villes et des marchés, elle était contraire à
la pratique des autres révolutions [17].
Toch Phoeun confessait que Yuon n’avait alors aucun rôle dans le
Parti, et qu’il commença à exprimer ses désaccords
avec le Parti en 1973, dût-il lui en coûter la vie. Ses critiques,
probablement exprimées en dehors des réunions du Comité
Central, dont il n’était pas membre, portaient sur la collectivisation
de l’alimentation et des objets personnels (montres, bicyclettes) et sur
l’interdiction des jardins familiaux. Mais il ne voulait pas renverser
le P.C.K. en versant du sang. Il ne parvint pas à s’entendre avec
Hu Nim, qui voulait toujours être le chef et dont le caractère
était très retors. En 1974, il était démis
de ses fonctions du bureau de Propagande du FUNK [18].
Koy Thuon entendit en avril 1975 que Hou Yuon avait été mis
en détention par l’Organisation. Son élimination du champ
politique eut lieu vers avril ou mai 1975 vraisemblablement pour s’être
opposé à l’évacuation des villes, à la suppression
de la monnaie et à une collectivisation trop rapide. Des documents
de S-21 indiquent que Hou Yuon fut « jugé » en 1975.
Les conditions de sa mort, qui, selon plusieurs témoins visuels
n’est pas intervenue immédiatement, restent mystérieuses [19].
Il aurait prophétiquement déclaré à Pol Pot
lors d’une réunion de la direction révolutionnaire peu après
la victoire (ou en février 1975 ?) : « Je ne donne pas plus
de trois années d’existence à votre régime » [20].
Ou encore : « La collectivisation à outrance ne pourrait pas
marcher. Elle ne pourrait durer plus de trois mois sans une révolte
populaire » [21].
-
Hu Nim(alias
Phoah, Phos):
Né le 25 juillet 1932 à Mien, srok de Prey-Chhor (Kompong
Cham). Elève au lycée Sisowath, il vécut au centre
religieux du Wat Unnalom avec un bonze. Obtenant la deuxième partie
de son baccalauréat en philosophie à Phnom Penh en 1953,
il effectua ses deux premières années de licence à
l’Institut National d’Etudes Juridiques, Economiques et Politiques, qui
était, en 1953, le seul établissement d’enseignement supérieur
à Phnom Penh. D’après sa confession, il aurait obtenu une
bourse en 1955 pour continuer ses études de douanes et de droit
en France alors qu’il était poursuivi par la police pour avoir fait
campagne pour le Parti Démocrate. Il y fréquenta des progressistes
tout en s’opposant à l’influence vietnamienne sur les révolutionnaires
et obtint sa licence en droit en 1957. Rentré au pays, il adhéra
au Sangkum le 30 décembre 1957, et devint peu de temps après
député et sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur
chargé des relations avec le Parlement [22].
Du 19 janvier 1960 au 5 août 1960, à la faveur de la récente
affaire de tentative de coup d’Etat pro-américain imputée
à Sam Sary et Dap Chhuon, il fut directeur politique de l’hebdomadaire
Réalités cambodgiennes. Contrôleur des douanes,
fonctionnaire au ministère du Plan, il devint vice-président
de l’Assemblée Nationale en 1962, secrétaire d’Etat au commerce
la même année avant d’être renvoyé en 1963. Vice-président
et président de l’Association d’Amitié Sino-cambodgienne
créée en 1964-1965, il termina alors une thèse sur
Les services publics et économiques au Cambodge (1965). Il
partit pour le maquis le 7 octobre 1967 pour échapper à la
répression touchant les intellectuels progressistes. Parvenant dans
la zone Nord, sous l’aile de Koy Thuon,
il devint président du Ministère de la Propagande du Parti,
assisté de Tiv Ol.
Ministre de la Culture, de l’Education, de l’Information et de la Propagande
du GRUNK en 1970, il fut critiqué parTiv
Ol pour avoir accordé une promotion au transfuge démocrate
Pech Leum Kun [Pech Lim Khun], qui, en quittant en avion le régime
de Lon Nol,
avait jeté des bombes sur le palais présidentiel. Avant 1974,
écrivait Toch Phoeun,
Hu Nim était en conflit ouvert avec Hou Yuon.
Il se plaignait néanmoins auprès de Phoeun du manque de confiance
que lui accordait le Parti, et du rôle de simple « façade
» que lui apportait son poste de ministre. A partir du début
de l’année 1974, Nim, se serait mis à critiquer le refus
de négocier avec les Américains qui coûtait un prix
exorbitant en vie humaines, ainsi que les attaques contre les petits-bourgeois,
la coopérativisation qu’il jugeait comme Hou Yuon, « trop
rapide, si bien que les masses n’étaient pas enthousiastes mais
effrayées », d’autant qu’elles étaient éduquées
par des « ignares ». La fermeture des marchés était
contraire aux lois économiques du socialisme, et pas seulement du
capitalisme. Quant à l’alimentation collective, elle était
une blague, une caricature des attaques bourgeoises contre le communisme
stalinien [23].
Sous le K.D., resté ministre de l’Information et de la Propagande,
il émit quelques communiqués en matière de politique
étrangère, et lut les résultats des élections
de mars 1976, mais il n’était pas membre du Comité Central.
Tiv Ol écrit dans ses confessions qu’il demandait plus de personnel
pour améliorer les émissions radio et mieux contrôler
les masses aux échelons inférieures. Le ministère
de la Propagande était devenu, par le biais des affinités
entre Hu Nim et Koy Thuon, une sorte de satellite du ministère du
Commerce qui lui prodiguait de nombreux biens (nourriture, boissons, radios,
savons, montres), ainsi qu’un lieu privilégié pour des relations
intimes hors mariage. Hu Nim a sans doute pu se maintenir grâce à
son caractère qualifié dans certaines confessions de «
retors » ou d’« indécis ». Koy Thuon indiquait
que Hu Nim avait dissimulé ses oppositions devant l’Organisation,
qui avait donc été dupée en le confirmant au poste
de ministre de la Propagande. Il considérait en réalité
que la suppression des marchés ne signifiait pas l’égalité
mais de vastes disparités dans l’approvisionnement en nourriture,
faute de mécanisme opérationnel d’échange, que la
politique d’exécution relevait du fascisme, et que l’évacuation
avait entraîné des « souffrances absurdes » :
ceux qui avaient été privés de leur toit et de leurs
biens après des années d’économies étaient
dorénavant privés de tout et tourmentés comme des
« tortues dans un feu » [24].
Il fut arrêté le 10 avril 1977, quelques semaines après
que Toch Phoeun et Koy Thuon aient écrit leur confessions. On dit
aussi qu’il aurait pris trop au sérieux ses fonctions de ministre
et de député du K.D., jusqu’à concurrencer Ieng Sarylors
de visites diplomatiques, jouant par exemple au maître de cérémonie
lors de l’anniversaire du 17 avril, tout en refusant de rouler dans la
mercedes mise à sa disposition par l’Angkar[25].
Peu avant son arrestation, il aurait dit à Yun Yat,
qui lui succéda à ce poste, « le temps est venu pour
qu’on utilise la monnaie » [26].
-
Ieng Sary(alias
Van, à l'intérieur du pays, ou "Thang" [ou Thong, à
l'extérieur du pays], le seau, de son vrai nom Kim Trang [27])
né en 1924. François Ponchaudrapporte
que ses parents étaient Khmers « contrairement à ce
qu’on a pu écrire à ce sujet » mais que sa mère
est morte alors qu’il était en bas âge. Probablement Khmer
Krom* par sa mère, une source fragile affirme qu’il était
Vietnamien par son père [28],
une autre, Chinois par son père [29].
Fils de propriétaire foncier [30]
originaire du canton de Luong Hoa, province de Tra-Vinh, Sud-Vietnam, l’invasion
japonaise le poussa en 1940 à venir dans la province de Prey Veng
chez un parent où il prit le nom d’un bonze ami de la famille et
change d’âge pour rentrer à l’Ecole primaire de Prey Veng,
dirigée par un beau-frère de son oncle, et passer son Certificat
d’Etudes [31].
Kim Trang portait désormais le nom purement cambodgien de Ieng Sary.
Rentré au lycée Sisowath en octobre 1943, il inspirait la
sympathie par sa vivacité. En 1949, il dirigea des manifestations
contre Sihanouk en 1949 et courtisa alors sa future femme Khieu Thirith.
Après qu’il eut réussi la première partie du baccalauréat,
le prince Indravong lui offrit une bourse et un billet pour la France où
il passa la deuxième partie de son baccalauréat au lycée
Condorcet. Son arrivée en France date de 1950 (Becker), ou de 1951
(Chandler) mais non de 1949 (voir courrier
de Sieu An, sans doute Sien An,
en provenance de la Régie Nationale de Phnom Penh à Tep Saravouth,
habitant le 59 bd Jourdan à Paris (maison d’Indochine de la Cité
Universitaire Internationale), 5 mai 1950 [32]).
Inscrit deux ans à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris de 1951
à 1953, il n’y suivit quasiment aucun cours, préfèrant
les cours donnés par des universitaires communistes à l’Université
Nouvelle du P.C.F.. Inscrit ensuite en propédeutique de lettres
et d’histoire, il se montra un actif militant à l’A.E.K. et l’U.E.K.,
et anima jusqu’à la fin de l’année 1956 le Cercle d’études
marxistes khmer dont il était un co-fondateur. A Phnom Penh, il
enseigna dans une école privée ou à domicile avant
d’entrer dans le maquis en 1963, où il fut formé à
l’école révolutionnaire vietnamienne. Haut responsable du
Parti à Ratanakiri de 1966 à 1971, il partit représenter
le FUNK à Pékin, et se chargea du recrutement et du contrôle
du FUNK et du GRUNK. Egalement responsable des affaires financières,
il supprima les bourses du GRUNK pour les étudiants en France, et
leur demanda de cesser les études [33].
De retour au Kampuchéa vers le 24 avril 1975, il devint vice-premier
ministre chargé des Affaires Etrangères du Parti et de l’Etat,
et haut responsable du ministère B-1 (de bâratéh
= étranger), partageant tour à tour avec Sao Phimet
Ta Mokla
position de numéro trois du Parti. Les purges dans son ministère
étaient conduites par la branche spéciale de la sécurité
dite S-21 sous la direction de Nuon Cheaet
de Son Senà
qui étaient envoyées les confessions entraînant les
arrestations. Ieng Sary a très certainement reçu deux confessions
qui lui étaient destinées, dans lesquelles étaient
évoqués des massacres et des arrestations en province, avec
des listes de traîtres. Il reconnut en janvier 1999 avoir reçu
des télégrammes émanant des zones à propos
d’éliminations de membres du Parti. Le 17 avril 1977, il déclarait
que le peuple cambodgien et l’armée Révolutionnaire avaient
« détruit toutes les intrigues de l’ennemi, et écrasé
leurs réseaux d’espions » préservant ainsi les fruits
de la révolution. Plusieurs biographies de prisonniers, de confessions
et de notes d’interrogateurs de S-21 montrent que le Ministère des
Affaires Etrangères servait de lieu de rétention à
des cadres sur le point d’être emmenés à S-21 (Tuol
Sleng). Laurence Picqavait
donné à B-1 le surnom d’ « antichambre de la mort »
ou d’antichambre du service de sécurité[34].
Elle avait assisté à l’arrivée à B-1 et à
la promotion de nombreux cadres du Nord-Ouest et de leur famille qui faisaient
même la pluie et le beau temps à B-1, avant d’être purgés
en raison de la désorganisation de l’agriculture et des conflits
avec la Thaïlande dont ils étaient supposés être
responsables (il est intéressant de noter qu’elle pensait que Roat
[de son vrai nom Sam San] avait été arrêté,
alors qu’il était encore vingt ans plus tard conseiller du président
de l’Assemblée Nationale Chea Sim). Avant leur arrestation, les
ambassadeurs au Laos et en Corée, Meak Touch alias Kaem,
et Saev, avaient aussi été transférés à
B-1 pour recyclage et consultation – et Meak Touch fut encore enfermé
seul du 24 juillet au 20 novembre 1977 avant d’être transféré
au ministère de la Sécurité. On leur avait laissé
augurer des fonctions plus importantes. Quelques jours avant la disparition
de Vorn Vet,
Laurence Picqle
croisa allant au bureau de réunion de Ieng Sary en même temps
qu’elle allait à son travail [35]
(le sens de cette rencontre entre les deux dirigeants prête à
conjectures). Lors d’un congrès en juillet 1976, au moment où
était passée en revue la situation de Défense du pays,
la position du ministère était qu’il y avait dans le pays
« de 1 à 5% de traîtres, qui font un travail de sape.
Aussi devons-nous examiner leurs biographies personnelles et exercer l’auto-critique,
surtout au ministère des Affaires Etrangères. Les ambassades
désirent connaître [notre] direction afin de le rapporter
à leurs pays, ou pour d’autres raisons » [36].
En 1996, recevant de Sihanouk le pardon royal, Sary fonda le Mouvement
d’Union Nationale Démocratique.
-
In Samboc:
né en 1931 à Kompong-Cham. Cousin germain de In Sokan.
Elève à l’école technique de Russey Keo. Arrivé
en 1950, il logea à la Maison d’Indochine puis au 28, rue Saint-André-des-Arts
en 1952. Boursier inscrit en cours supérieur à l’Ecole Française
de Radio-Electricité, rue Amiot, il devint membre de l’A.E.K. et
commissaire aux activités sociales de l’U.E.K. en 1956, avant de
rentrer au Cambodge en 1958. Sa trace a semble-t-il disparu après
l’évacuation de Phnom Penh en 1975.
-
In Sokan(alias
camarade Ta Ny)
: né le 28 juin 1929 à Phnom Penh de In Cham, gouverneur
de province et de Madame Kim. Elève au collège Preah Sihanouk
de Kompong Cham et au lycée Sisowath de Phnom Penh. Il arriva en
France en 1949 et devint Docteur en médecine en décembre
1958. Membre de la cellule du P.C.F. de la maison d’Indochine à
Paris, où il aurait été sympathisant communiste sans
être membre du Parti, il devint plus tard un des animateurs du Cercle
d’études marxistes et président de l’U.E.K à la fin
de l’année 1956, alors qu’il entamait sa 5e année
de médecine. Il adhéra au Sangkum en janvier 1960,
mais repartit le 27 septembre 1960 en France, sans doute à cause
de la répression qui touchait les journalistes de gauche en août-septembre.
Il s’inscrivit à la Faculté de Pharmacie de Paris jusque
vers 1964 grâce à une bourse du gouvernement français.
A son retour, il dirigea le service de phtisiologie à l’hôpital
de l’amitié khméro-soviétique, puis le service de
lutte anti-tuberculose. Il enseignait aussi la physionomie à la
Faculté de Médecine, était inspecteur-adjoint de la
Santé publique et travaillait en Europe à la Food and Agriculture
Organization (l’Institution des Nations Unies). Président de la
délégation du FUNK en France, sise place de Barcelone jusqu’en
décembre 1975, il travailla, sous le K.D., au Ministère de
la Santé et des Affaires Sociales de Ieng Thirith, délivra
des soins à l’hôpital Preah Ket Mealea, dans un état
« devenu apathique », et traita les maladies pulmonaires à
l’Hôpital du Dix-Sept Avril (ancien hôpital des Bonzes dit
Lok Sâng) [37].
Il fit un bref séjour à la campagne au terme duquel il revint
un peu grossi, ce qui alimenta abondamment la propagande selon laquelle
on mangeait mieux à la campagne qu’à Phnom Penh. Il aurait
succombé des suites d’une maladie consécutive à une
carence en sel, pendant la retraite révolutionnaire, dans la région
de Leach, peu après être passé par le Quartier Général
de Ta Mokà
Phnom Aural en février 1979 pour y organiser un hôpital de
front [38].
- In Sophann : frère du précédent. Né le 5 février 1938 à Takeo. Ingénieur des Arts et Manufactures de Paris ou de l’Ecole Centrale de Paris en 1963, il adhéra au Sangkum en 1964. Ingénieur principal des mines et président général de la société nationale des tracteurs. Dès son retour au K.D.,